Au pied des grands palmiers, tout le monde se ressemble... ou presque
La strate basse est celle qui habille le pied des palmiers et des grands feuillages : des plantes de un à trois mètres, aux grandes feuilles et aux fleurs généreuses, qui font toute l'ambiance d'un jardin tropical. C'est aussi là que les confusions sont les plus fréquentes, parce que beaucoup de ces plantes ont des feuillages en forme de pagaie qui se ressemblent à première vue. Certaines sont de vraies cousines : le Strelitzia reginae, l'Alpinia et le Canna sont des cousins du bananier, réunis dans le même ordre botanique. D'autres, comme l'Alocasia, n'ont aucun lien de parenté avec elles et se contentent de leur ressembler.
Après nos articles sur les palmiers qui se ressemblent et sur les Strelitzia, l'arbre du voyageur et le bananier, place à ceux qui poussent à leurs pieds. Voici les quatre familles de la strate basse que nos clients confondent le plus, et le détail qui permet de s'y retrouver.
Strelitzia reginae : l'oiseau de paradis et ses formes
Le Strelitzia reginae (L’Oiseau du paradis) est le petit de la famille des Strelitzia : une touche de couleur orange et bleu au pied des grands sujets. Mais il existe plusieurs formes très proches les unes des autres, et c'est là que la confusion s'installe.
L'espèce type mesure entre 80 cm et 2 m, une touffe qui s'étale sur près de deux mètres à maturité. À côté, il existe une variété naine, « Humilis » (aussi appelée « Pygmaea »), qui reste autour de 80 cm et se plaît très bien en pot. Autre forme documentée par l'institut botanique sud-africain SANBI : « Mandela's Gold », aux sépales jaunes et aux pétales pourpres, qui ne se reproduit pas fidèlement par graines, car elle est le plus souvent fécondée par un pied orange.
Ses cousins plus rares sont eux aussi proches : le Strelitzia juncea n'a pas de limbe de feuille, seulement des tiges cylindriques, et sa fleur est plus courte que ses feuilles, alors que celle du reginae les dépasse. Classé vulnérable dans la nature, il est réputé l'un des plus résistants au gel du genre. Une étude génétique le place d'ailleurs à l'intérieur du reginae. « Parvifolia », de son côté, est un ancien nom, aujourd'hui rangé sous reginae.
La forme classique pour un massif ou une bordure qui s'étale, la variété naine pour un pot ou une terrasse.
Alpinia zerumbet : la version verte, la panachée et la naine
Un gingembre ornemental à grandes feuilles allongées, souvent pris pour un Strelitzia ou un Canna. Le genre Alpinia compte environ 250 espèces : gingembre rouge (Alpinia purpurata), galanga de la cuisine asiatique (Alpinia galanga), et notre Alpinia zerumbet (Gingembre coquille parfumé), le gingembre coquille.
La forme verte classique est la plus grande, et peut atteindre trois mètres. La forme panachée (Variegata), aux feuilles striées de vert et de jaune crème, est plus basse, de un à deux mètres environ. Nous proposons aussi une version naine, plus compacte, pour les petits espaces. Toutes ont un point commun : leur feuillage est parfumé lorsqu'on le froisse, et leurs fleurs blanches en forme de coquillage, teintées de rose, s'ouvrent en grappes retombantes en été. Il fleurit sur des tiges de deux ans, non abîmées par le froid.
La forme verte pour habiller le pied d'une haie ou d'un brise-vue (voir notre article sur les solutions de brise-vue végétal), la panachée pour éclairer un coin, la naine pour un pot.
Canna indica : une espèce, des centaines d'hybrides
De grandes feuilles en pagaie, comme un bananier ou un Strelitzia, mais sur des tiges tendres, avec des fleurs qui s'ouvrent en épis. Le Canna forme à lui seul sa famille, les Cannaceae, avec entre 10 et 19 espèces selon les botanistes.
Le Canna indica est une vraie espèce, native des Amériques. Mais la plupart des cannas de jardin sont en réalité des hybrides : il en existe plus de 2 000 variétés, nées notamment du croisement du Canna indica avec le Canna glauca. On les regroupait autrefois sous le nom de Canna × generalis. Ce qui les distingue à l'œil, c'est surtout la couleur de la fleur, rouge, orange ou jaune, et le feuillage : vert franc, ou panaché, ou panaché pourpre.
Pour de la couleur d'été et un feuillage qui fait tout de suite jungle, le Canna. Pour une plante plus discrète et parfumée, l'Alpinia.
Alocasia : les oreilles d'éléphant qui n'ont rien d'un gingembre
Des feuilles immenses, sculpturales, qu'on imagine cousines du bananier et du Canna. En réalité, l'Alocasia appartient à la famille des arums, aucun lien avec les gingembres ni avec les Strelitzia. Le genre compte environ 90 espèces.
Voici les quatre noms qui circulent le plus.
- Le Alocasia macrorrhiza (orthographié macrorrhizos par les botanistes), le taro géant, est le plus grand, originaire des forêts d'Asie du Sud-Est et de Nouvelle-Guinée. Chez InfiniPalm, nous cultivons sa forme géante, le cultivar « Borneo Giant », aux grandes feuilles épaisses et ondulées à maturité, portées bien droites, qui montent jusqu'à trois mètres environ.
- L'Alocasia cucullata, la « main de Bouddha », est un petit format, celui qui donne son nom au genre.
- L'Alocasia wentii (L’Oreille d’éléphant de Hardy) mérite une précision honnête : les plantes vendues sous ce nom sont, semble-t-il, des hybrides, avec de grandes feuilles pourpres. Le vrai Alocasia wentii de Nouvelle-Guinée est une petite espèce aux feuilles vert sombre en forme de flèche.
- L'Alocasia plumbea (L’élégante Alocasia Nigra) figure parmi les noms botaniques rangés sous macrorrhizos.
Autre confusion classique : le Colocasia esculenta, le taro. Le repère est simple : les feuilles de l'Alocasia pointent vers le ciel sur des tiges rigides, celles du Colocasia retombent vers le sol.
L'Alocasia préfère l'humidité et la mi-ombre : c'est le compagnon du sous-bois humide, comme dans nos guides pour Casablanca et Kénitra. Pour créer de l'ombre sous les grands palmiers, voir aussi notre article sur la zone d'ombre naturelle.
Les marier au jardin
Ces plantes s'associent très bien, et leurs feuillages en pagaie se répondent. Le Canna apporte la couleur, l'Alpinia la touffe dense et parfumée, l'Alocasia le volume sculptural, et le Strelitzia reginae les fleurs. Une règle simple pour réussir l'ensemble : regroupez-les selon leurs besoins. Alocasia et Colocasia apprécient l'humidité et la mi-ombre, alors que le Strelitzia reginae, lui, tolère mieux le plein soleil.
En résumé : le détail qui départage chaque groupe
| Les plantes qu'on confond | Le critère qui les départage |
|---|---|
| Strelitzia reginae : classique / « Humilis » / « Mandela's Gold » | La taille (80 cm à 2 m, ou nain) et la couleur des sépales (orange ou jaune) |
| Strelitzia reginae / Strelitzia juncea | Les feuilles : un limbe classique, ou des tiges cylindriques sans limbe |
| Alpinia zerumbet : verte / panachée / naine | La hauteur et la couleur du feuillage (vert, ou strié de jaune) |
| Canna indica : rouge / orange / jaune / panaché | La couleur de la fleur, et le feuillage (vert, panaché, pourpre) |
| Alocasia / Colocasia | Le sens des feuilles : vers le ciel ou vers le sol |
| Alocasia macrorrhiza / cucullata / wentii | La taille (géant ou petit) et la couleur des feuilles (vertes ou pourpres) |
Conseil d'expert InfiniPalm : Quand deux plantes de la strate basse vous font hésiter, comparez d'abord leur taille adulte et leur rapport à la lumière : ce sont ces deux critères qui font le plus souvent la différence. La tige tendre du Canna, le sens des feuilles de l'Alocasia et les stries jaunes de l'Alpinia panaché feront le reste.
Puis-je séparer les rejets de mon Ravenala ?
Oui, la séparation des rejets est possible pour le Ravenala comme pour le Strelitzia, mais elle doit être faite avec une extrême prudence. Cette méthode de multiplication s'applique également aux gingembres ornementaux comme l'Alpinia, aux bananiers (Musa) et aux Alocasia. Pour les palmiers multipliants tels que le Caryota mitis, l'Arenga engleri, le Chamaedorea ou l'Areca (Palmier Multipliant), veillez à conserver un système racinaire suffisant pour chaque pied séparé afin de garantir une reprise vigoureuse.
Quelles plantes associer à mes palmiers pour un jardin de style "Jungle" ?
Pour un jardin de style "Jungle", structurez votre espace en trois niveaux. En haut, la canopée est assurée par vos palmiers de grande taille. Juste en dessous, créez une strate dense avec des Strelitzia nicolai ou Strelitzia augusta. Au sol, utilisez des couvre-sols généreux comme le Philodendron xanadu, l'Imperial ou le Philodendron selloum. Apportez de la couleur avec des Crotons (Petra, Mammy, Excellent), de la lumière avec le blanc des Pothos, et de l'élégance avec les floraisons des Clivia miniata.
Que faire si une palme a été pliée ou brisée durant le transport ?
Pas d'inquiétude, la croissance de vos plantes repart toujours du centre (la lance). Lors du transport, cela peut arriver qu'une palme ou une feuille soit pliée ou brisée, particulièrement chez les variétés à feuillage fragile comme les bananiers (Musa), les Strelitzia, les Alpinias ou les Alocasia. Ce n'est absolument pas dramatique : la reprise est rapide et les nouvelles feuilles, parfaitement adaptées à l'environnement de votre jardin, seront encore plus éclatantes.
Quelles plantes à floraison associer aux palmiers pour garder de la couleur toute l'année ?
Les palmiers apportent la structure, mais c'est le feuillage et les floraisons d'accompagnement qui font vivre le jardin au fil des saisons. Le Strelitzia reginae fleurit quasiment toute l'année en climat marocain, le Clivia miniata prend le relais au printemps en sous-bois, et l'Alpinia zerumbet apporte ses grappes parfumées en été. Le Canna indica et le Crinum augustum Queen Emma prolongent la floraison jusqu'à l'automne. Répartissez ces floraisons entre le pied de vos palmiers de belle taille et les zones de transition du jardin, plutôt qu'en un seul massif, pour qu'il y ait toujours quelque chose en fleur quelque part. Pour les soirées d'été, le Brugmansia suaveolens (communément appelé Datura) ouvre ses grandes fleurs en cloche à la tombée du jour, avec un parfum envoûtant qui se diffuse dans tout le jardin.
Vaut-il mieux multiplier par semis (graines) ou par rejets/drageons ?
Cela dépend de l'espèce et de vos objectifs. Le semis convient aux palmiers à stipe (tronc) unique qui ne produisent pas de rejets, comme le Roystonea regia ou le Bismarckia nobilis — mais c'est un processus lent, de plusieurs semaines à germer selon l'espèce, puis des années pour atteindre une taille intéressante. La séparation de rejets, elle, fonctionne sur les espèces cespiteuses (qui touffent naturellement) comme le Chamaedorea seifrizii, l'Areca (Palmier Multipliant), le Rhapis excelsa ou le Caryota mitis — mais aussi au-delà des palmiers : le Cycas revoluta produit régulièrement des rejets à sa base, et le Strelitzia comme l'Alpinia zerumbet se multiplient très bien par division de leur touffe. Dans tous les cas, c'est plus rapide pour obtenir un sujet utilisable, et génétiquement identique au pied mère. Chez InfiniPalm, nous nous concentrons sur des sujets déjà acclimatés plutôt que sur la vente de graines, pour vous garantir un résultat fiable dès le départ.
Genre, espèce, variété, cultivar, hybride : quelle différence ?
Ces cinq mots reviennent souvent, voici comment les démêler. Le genre regroupe des espèces proches : Archontophoenix, Livistona, Phoenix. L'espèce est l'unité de base : Archontophoenix cunninghamiana. La variété est une forme naturelle et régionale d'une espèce : l'Illawarra, issue de la limite sud de l'aire naturelle du cunninghamiana, est plus tolérante au froid. Le cultivar est une sélection obtenue par l'homme, comme le « Borneo Giant » de l'Alocasia macrorrhiza. Et l'hybride est un croisement entre deux espèces ou deux genres : le Butiagrus nabonnandii (palmier Mule) est né du croisement d'un Butia et d'un Syagrus. Pourquoi c'est utile : deux plantes du même genre peuvent avoir des besoins très différents (froid, eau, vitesse de croissance).
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