L'intimité, sans s'enfermer derrière un mur
Au Maroc, le jardin est une pièce de vie à part entière : on y mange, on s'y baigne, on y reçoit. Encore faut-il ne pas se sentir observé par le voisin, la rue ou l'immeuble d'en face. Plutôt que de rehausser un mur, souvent interdit, toujours un peu triste, un écran végétal apporte l'intimité et, en prime, de la fraîcheur, du mouvement et de la vie. Encore faut-il choisir les bonnes plantes, au bon endroit. Voici comment s'y prendre.
D'abord, d'où vient le regard ?
Avant de choisir une plante, asseyez-vous là où vous voulez être tranquille, sur la terrasse, au bord de la piscine, et regardez d'où vient la vue gênante.
- Un vis-à-vis de plain-pied, depuis la rue ou le jardin voisin : il faut un écran dense dès le sol, sur deux à trois mètres de haut. Les palmiers en touffe et les bambous excellent ici.
- Un vis-à-vis en hauteur, depuis un étage ou un balcon : c'est la hauteur qui compte, plus que la densité au sol (voir le vis-à-vis en hauteur). Il faut de grandes plantes qui déploient leur feuillage au-dessus de la clôture.
- Une vue partielle, une fenêtre, un angle : souvent, un ou deux sujets bien placés suffisent, sans planter une haie entière.
Une astuce de géométrie : plus l'écran est proche de l'endroit où vous êtes assis, plus il cache haut. Une touffe d'Areca de deux mètres plantée à côté de la terrasse masque souvent mieux une fenêtre voisine qu'une haie de quatre mètres le long de la clôture.
Les grands écrans : pour les vues plongeantes
Pour couper la vue depuis un étage, les Strelitzia géants sont imbattables. Le Strelitzia nicolai (Strelitzia géant, appelé aussi Faux bananier au Maroc) peut dépasser six mètres et forme, avec ses rejets, un écran dense dès la base. Sa fleur mêle le bleu et le blanc. Le Strelitzia augusta (Grand oiseau de paradis blanc), aussi appelé Strelitzia alba, est encore plus vigoureux en extérieur et fleurit d'un blanc pur. Pour bien les distinguer, voir notre article Strelitzia, arbre du voyageur, bananier : qui est qui ?
Le Ravenala madagascariensis (Arbre du voyageur) déploie son immense éventail plat en hauteur : planté de face, il ferme une vue plongeante comme un paravent. Il lui faut un endroit abrité du vent, qui déchire ses grandes feuilles, et un hiver doux (voir le gel).
Les palmiers doubles ou triples, comme l'Archontophoenix maxima (Palmier royal maxima, appelé aussi Palmier royal d'Australie), apportent eux aussi de la hauteur et du volume dès la plantation (voir solitaire ou multi-tronc). Plus aériens que les Strelitzia, ils filtrent la vue plutôt qu'ils ne la bloquent.
Les palmiers en touffe : la densité dès la base
Pour un écran opaque à hauteur d'homme, rien ne vaut les palmiers cespiteux, ceux qui produisent des rejets et forment une touffe de plusieurs tiges (voir rejets et palmiers multipliants).
- Le Dypsis lutescens (Palmier Areca), aussi appelé Chrysalidocarpus lutescens, est le grand favori : touffe dense, tiges dorées, croissance rapide. Il aime la lumière et un arrosage régulier.
- Le Chamaedorea seifrizii (Palmier bambou) et le Chamaedorea costaricana (Palmier bambou du Costa Rica) forment un rideau de cannes fines, élégant, idéal à mi-ombre contre un mur mitoyen. Le second monte plus haut.
- Le Rhapis excelsa (Palmier de Chine) est le roi des coins d'ombre et des passages étroits : compact, lent, mais très dense et très résistant.
- L'Arenga engleri (Palmier sucre nain) forme une très belle touffe, dense jusqu'au sol, avec de larges palmes vert foncé au revers argenté et des fleurs parfumées. Il supporte le soleil comme la mi-ombre et résiste bien au froid, ce qui en fait l'un des meilleurs palmiers d'écran pour tout le Maroc, y compris dans les terres. Seule précaution : comme chez les autres Arenga, ses fruits sont irritants pour la peau, on ne les manipule pas à mains nues.
- Le Ptychosperma macarthurii (Palmier de Macarthur) et le Caryota mitis (Palmier queue de poisson) apportent une silhouette plus légère pour les petits jardins et les patios (voir les palmiers pour petits jardins).
- En plein soleil et dans les régions plus froides, le Phoenix reclinata (Palmier du Sénégal) forme de grandes touffes robustes. Ses épines en font même une haie défensive, à planter loin des passages.
Les bambous : rapides, mais à bien choisir
Pour un résultat très rapide, le bambou est tentant. Mais il y a deux familles, et la différence est capitale.
- Les bambous cespiteux, qui poussent en touffe et restent sur place. Le Bambusa multiplex (Bambou de Haie Dense) en fait partie : il forme en peu de temps un rideau vert très serré, sans envahir le jardin. C'est le choix sûr pour une haie.
- Les bambous traçants, qui s'étendent par des tiges souterraines et peuvent ressortir plusieurs mètres plus loin, jusque chez le voisin. Le Phyllostachys aurea (Bambou Jaune Doré) et le Phyllostachys edulis (Bambou Géant Moso) sont de ce type. Superbes et très rustiques, ils ne se plantent qu'avec une barrière anti-rhizomes, enterrée sur au moins 60 cm de profondeur et dépassant de quelques centimètres au-dessus du sol, ou en grand bac.
Fermer le bas de la haie
Les grands Strelitzia et certains palmiers se dégarnissent à la base avec les années. Pour garder un écran opaque jusqu'au sol, on plante un rang plus bas devant. L'Alpinia zerumbet (Gingembre coquille), au feuillage proche de celui des Strelitzia, densifie la base et fleurit en grappes parfumées. Le Phormium tenax (Lin de Nouvelle-Zélande), plus graphique, supporte le vent et le soleil. Pour d'autres plantes de premier plan, voir notre article sur la strate basse du jardin tropical.
Choisir selon l'exposition et la région
- Plein soleil, vent ou bord de mer : le Chamaerops humilis (Palmier Doum), notre palmier marocain, résiste à tout, vent, sel et sécheresse, et forme des touffes denses avec le temps. Le Phoenix reclinata et le Phormium complètent bien (voir le vent et les embruns et notre article sur les jardins côtiers).
- Mi-ombre ou ombre, contre un mur ou sous de grands arbres : Rhapis, Chamaedorea, et l'Areca s'il reçoit un peu de lumière.
- Régions froides de l'intérieur, à Fès, à Meknès ou en altitude : Chamaerops, Arenga engleri, Rhapis et bambous Phyllostachys sont les plus rustiques. Réservez les Strelitzia, le Ravenala et l'Areca aux emplacements abrités.
Planter un écran qui dure
- Planter en quinconce, sur deux rangs décalés plutôt qu'en ligne : l'écran est plus dense et plus naturel, et une plante qui dépérit ne laisse pas de trou.
- Mélanger les espèces plutôt qu'une seule : l'écran est plus vivant, plus résistant aux maladies et aux parasites, et chaque plante joue son rôle, en haut ou en bas.
- Laisser de la place : ne collez pas les plantes au mur ou à la clôture. Un peu d'espace leur permet de se développer de tous côtés et facilite l'entretien.
- Prévoir l'eau : ces plantes tropicales ont besoin d'une humidité régulière pour produire les rejets qui feront la densité de la haie. Un goutte-à-goutte bien réglé est indispensable (voir notre guide pour arroser ses palmiers au Maroc).
- Planter grand si c'est urgent : de jeunes plants mettront plusieurs saisons à fermer la vue. Des sujets déjà développés donnent un écran dès la plantation (voir nos palmiers à croissance rapide).
Sur une terrasse ou un rooftop, l'écran se fait en grands bacs : Rhapis, Areca, Chamaerops ou Phormium s'y plaisent bien, à condition d'avoir un contenant assez lourd pour résister au vent (voir les palmiers pour rooftop et notre guide de la culture en pot).
Entretenir un écran végétal
Un écran végétal demande peu d'entretien, mais un entretien régulier, pour rester dense et propre :
- Les Strelitzia et le Ravenala : retirez les feuilles sèches ou très abîmées à la base, avec un outil bien affûté. Les feuilles déchirées par le vent restent vertes et utiles : on les garde.
- Les palmiers en touffe : retirez de temps en temps les tiges les plus anciennes ou abîmées, pour laisser la lumière aux jeunes rejets qui épaississent la touffe. On ne coupe jamais une palme encore verte (voir notre calendrier d'entretien).
- Les bambous : supprimez au ras du sol les cannes sèches ou trop vieilles, et vérifiez chaque année que la barrière anti-rhizomes n'est pas franchie.
- La nourriture : des apports d'engrais réguliers du printemps à la fin de l'été, ou un bon compost bien décomposé, entretiennent la production de rejets, et donc la densité de l'écran.
En résumé : quelle plante pour quel écran ?
| Plante | Hauteur de l'écran | Exposition | Point fort |
|---|---|---|---|
| Strelitzia nicolai, Strelitzia augusta | Grande | Soleil à mi-ombre | Vue plongeante, dense dès la base |
| Ravenala madagascariensis (Arbre du voyageur) | Grande | Soleil, abrité du vent | Paravent en éventail |
| Archontophoenix maxima, double ou triple | Grande | Soleil à mi-ombre | Filtre la vue en hauteur |
| Dypsis lutescens (Palmier Areca) | Moyenne | Lumière vive | Touffe dense, rapide |
| Chamaedorea seifrizii, Chamaedorea costaricana | Moyenne | Mi-ombre à ombre | Rideau de cannes fines |
| Arenga engleri (Palmier sucre nain) | Moyenne | Soleil à mi-ombre | Touffe très dense, rustique, parfumée |
| Rhapis excelsa (Palmier de Chine) | Moyenne à basse | Ombre | Très dense, très résistant |
| Phoenix reclinata (Palmier du Sénégal) | Moyenne à grande | Plein soleil | Robuste, haie défensive |
| Chamaerops humilis (Palmier Doum) | Moyenne | Plein soleil, vent, sel | Résiste à tout |
| Bambusa multiplex (Bambou de Haie Dense) | Moyenne à grande | Soleil à mi-ombre | Très rapide, non traçant |
| Phyllostachys aurea, Phyllostachys edulis | Grande | Soleil | Très rustique, mais traçant : barrière obligatoire |
| Alpinia zerumbet, Phormium tenax | Basse | Soleil à mi-ombre | Ferment le bas de la haie |
Conseil d'expert InfiniPalm : Ne cherchez pas à tout cacher avec une seule espèce. Composez votre écran en étages : de grands Strelitzia ou un Ravenala pour la hauteur, des touffes d'Areca ou de Chamaedorea au milieu, et de l'Alpinia en avant-plan pour fermer le bas. Installez le goutte-à-goutte avant de planter : ce sont les arrosages réguliers qui font pousser les rejets, et donc la densité de votre écran.
Comment choisir entre un palmier solitaire et un palmier multicaule ou multi-tronc ?
Le choix dépend de l'espace et du rendu souhaité : un sujet solitaire apporte une verticalité pure et une grande clarté visuelle, ce qui est idéal pour souligner une architecture ou créer des alignements le long d'une allée. À l'inverse, un sujet multicaule ou multi-stipe (tronc), comme nos Archontophoenix, Palmiers Royaux ou Areca (Palmier Multipliant) doubles et triples, crée un écran dense et une ambiance "jungle" immédiate. Ces compositions offrent des jeux de courbes majestueux qu'un stipe unique ne peut égaler.
Le palmier est-il adapté aux petits jardins de ville ou patios au Maroc ?
Absolument. De nombreuses variétés s'épanouissent parfaitement dans des espaces restreints sans envahir le volume. Le Ptychosperma (elegans ou macarthurii), l'Archontophoenix tuckeri ou l'Howea forsteriana (Palmier Kentia) sont des choix de premier ordre. Pour un effet plus dense et vaporeux, le Caryota mitis et l'Areca (Palmier Multipliant) sont également idéaux pour habiller les recoins des patios marocains.
Comment protéger mon palmier des vents violents ou marins ?
Le vent et les embruns sont des facteurs déterminants au Maroc. Pour une résistance absolue, misez sur le Chamaerops humilis, notre palmier marocain qui résiste à tout : sécheresse, vent violent et sel. Complétez avec des espèces au feuillage coriace comme le Livistona australis, le Kentia ou l'indétrônable Phoenix dactylifera. En bord de mer, le Strelitzia est aussi un excellent choix : bien que ses feuilles se déchirent sous l'action du vent, cela lui confère un aspect sauvage et exotique, fidèle à son habitat naturel le long des côtes sud-africaines.
Comment utiliser les palmiers pour se protéger d'un vis-à-vis en hauteur ?
Contre un vis-à-vis venu d'un étage supérieur, la hauteur prime sur la densité au sol. Le Strelitzia nicolai peut dépasser 6 mètres et forme un écran dense dès la base, tandis que le Ravenala madagascariensis déploie son éventail de palmes en hauteur pour couper la vue depuis un balcon voisin. Complétez avec de l'Alpinia zerumbet, l'Areca (Palmier Multipliant) ou le Bambou (Bambusa multiplex) en avant-plan pour densifier le bas de la haie sans attendre la maturité des sujets principaux.
Quels palmiers privilégier pour un rooftop ou une terrasse en hauteur ?
Sur un rooftop, le poids du contenant et la résistance au vent priment sur tout le reste. Privilégiez des sujets à système racinaire compact comme le Kentia ou l'Areca (Palmier Multipliant), qui se plaisent en grand bac sans exiger une profondeur de terre importante. Le Chamaerops humilis, plus trapu et habitué aux embruns, résiste également très bien à l'exposition d'une terrasse élevée, tout comme le Rhapis excelsa et le Phormium tenax, tous deux compacts et peu sensibles au vent.
Rejets, drageons, palmier multipliant ou multicaule : de quoi parle-t-on ?
Un rejet (ou drageon) est une nouvelle tige qui naît à la base de la plante mère, avec ses propres racines. Les palmiers qui en produisent sont dits cespiteux, ou « multipliants » : ils forment une touffe à plusieurs tiges, comme l'Areca, le Rhapis excelsa, le Caryota mitis ou le Chamaerops humilis. Le mot multicaule désigne simplement un sujet à plusieurs troncs, qu'ils viennent de rejets ou d'un semis groupé, comme nos sujets doubles et triples (voir solitaire ou multicaule ?). À l'inverse, un palmier « solitaire » n'a qu'un seul stipe et n'en fait pas de nouveaux. Bon à savoir : on peut séparer les rejets d'un palmier en touffe, mais jamais les sujets doubles ou triples (voir pourquoi).
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