Oiseau de paradis, arbre du voyageur, bananier : tout le monde se ressemble... ou presque
Un grand feuillage en forme de pagaie, un port qui rappelle un bananier, des fleurs qu'on croirait sorties d'un oiseau exotique : les Strelitzia, le Ravenala et les bananiers se font régulièrement passer les uns pour les autres, y compris chez des jardiniers expérimentés. Il y a une bonne raison à cela : ce sont des cousins. Les Strelitziaceae regroupent cinq espèces de Strelitzia, le Ravenala (l'arbre du voyageur, qui n'est d'ailleurs pas un vrai palmier) et un genre voisin en Amérique tropicale, et toute la famille est proche des bananiers.
Comme pour les palmiers (voir notre article sur les palmiers qui se ressemblent et leurs différences), le feuillage ne dit pas tout : ce qui sépare vraiment ces plantes, c'est la taille, la sensibilité au froid, au vent et à l'eau. Voici les quatre confusions que nous entendons le plus à la pépinière.
Strelitzia nicolai et Strelitzia augusta (alba) : les jumeaux
Mêmes touffes de hauts troncs, mêmes grandes feuilles vert-gris en éventail au sommet, même allure de bananier géant. Soyons honnêtes : à l'œil nu, il est très difficile de les distinguer, et même des sources botaniques admettent ne pas savoir le faire de façon fiable. Le Strelitzia augusta est aussi connu sous le nom de Strelitzia alba : c'est même son nom botanique accepté aujourd'hui, « augusta » étant l'ancien nom, encore très utilisé. Certains botanistes ont d'ailleurs longtemps rangé les deux espèces ensemble. Comme le Strelitzia met plusieurs années à fleurir, un jeune sujet sans fleur ne se reconnaît pas du tout.
Deux repères seulement, mais ils sont fiables. Le premier est la fleur : celle du Strelitzia nicolai (Oiseau de paradis géant, appelé aussi Faux Bananier au Maroc) associe une bractée bleu sombre, des sépales blancs et une « langue » bleue, alors que celle du Strelitzia augusta (Oiseau de paradis géant blanc, appelé aussi Faux Bananier au Maroc) (alba) est d'un blanc pur. Le second est la taille : l'augusta est plus vigoureux en extérieur et monte plus haut, tandis que le nicolai, un peu plus polyvalent, supporte mieux que l'augusta la vie en patio ou dans un intérieur très lumineux.
Pour masquer un vis-à-vis en hauteur, l'augusta. Pour un patio, un grand pot ou un intérieur très lumineux, le nicolai, plus à l'aise à l'intérieur que l'augusta (pour un espace vraiment petit, voir plus bas le reginae). Nous comparons ces deux géants côte à côte dans notre article sur le brise-vue végétal.
Un troisième grand Strelitzia existe, le Strelitzia caudata (Strelitzia des montagnes, d'Afrique australe), qui dépasse aussi cinq mètres et ressemble à un Ravenala, mais on le rencontre rarement en culture.
Strelitzia reginae et les grands Strelitzia : l'oiseau de paradis n'est pas toujours géant
Les trois se disent « oiseau de paradis » et portent des fleurs de la même famille, mais on ne parle pas du même végétal.
Le Strelitzia reginae (L’Oiseau du paradis) est le petit de la famille : une touffe basse, d'un ou deux mètres au plus, sans vrai stipe (tronc), dont la fleur orange et bleue est celle qu'on imagine en pensant à l'oiseau de paradis. Le nicolai et l'augusta sont des arbustes à stipes, qui dépassent facilement cinq mètres. Le reginae supporte aussi mieux le plein soleil et fleurit presque toute l'année sous le climat marocain, alors que les grands demandent plus de protection contre le vent, et à l'intérieur des terres contre le soleil direct de l'après-midi. Il en existe aussi des formes reconnues : la variété naine « Humilis », qui reste autour de 80 cm, et « Mandela's Gold », aux sépales jaunes. Le Strelitzia juncea, aux tiges cylindriques sans limbe de feuille, est un proche cousin, réputé l'un des plus résistants au gel du genre ; quant à « parvifolia », c'est un ancien nom du reginae.
Pour un massif, un pot sur une terrasse ou le bord d'une piscine, le reginae. Pour de la hauteur et de la masse, les grands Strelitzia.
Strelitzia nicolai et Ravenala : l'arbre du voyageur, un cousin, pas un jumeau
Le même grand éventail de feuilles disposées dans un seul plan, et il n'est pas rare de prendre un jeune Ravenala madagascariensis pour un Strelitzia, ou l'inverse.
Le Ravenala, l'arbre du voyageur, que l'on appelle simplement « le voyageur » au Maroc, forme un vrai stipe, ressemble davantage à un palmier, pousse plus vite et va plus haut, jusqu'à une douzaine de mètres à maturité. Ses feuilles sont généralement d'un vert plus clair, portées par de longs pétioles, alors que le Strelitzia a un feuillage plus gris-vert, souvent avec des marques sombres sur les pétioles. Sa floraison est aussi plus discrète, blanchâtre, sans l'effet oiseau des Strelitzia. Son nom d'arbre du voyageur vient de ses bases de feuilles, qui retiennent l'eau.
Un détail botanique récent : longtemps considéré comme l'unique espèce de son genre, le Ravenala en compte en réalité six depuis 2021, toutes originaires de Madagascar (le Ravenala agatheae en fait partie). Celui que l'on plante dans le monde entier, et que nous cultivons, reste le Ravenala madagascariensis.
Côté climat, le Ravenala est le plus frileux du groupe : il ne descend guère qu'à 0°C, alors que le Strelitzia nicolai tolère un léger gel. Les deux détestent le vent, qui déchire leurs grandes feuilles. Le Ravenala réussit là où il est bien abrité : contre un mur exposé au sud, comme nous l'avons vu dans un jardin de Meknès, ou dans un coin protégé, comme dans notre guide pour Tanger.
Pour une pièce spectaculaire dans un coin abrité, le Ravenala. Pour un jardin plus exposé, le Strelitzia, qui assume ses feuilles déchirées : cet aspect sauvage fait partie de son charme, comme nous l'expliquons dans notre article sur les palmiers résistants au vent à Essaouira.
Strelitzia et bananier : le test du tronc
Les grandes feuilles allongées, en pagaie, sont si proches qu'au Maroc, le Strelitzia nicolai comme l'augusta s'appellent couramment « faux bananier » (« bananier sauvage » dans le monde anglophone). Le Musa acuminata (Bananier de Chine) et son cousin nain, le Dwarf Cavendish, ne sont pourtant pas de la même famille au sens strict.
Regardez d'abord le tronc. Celui du bananier est un faux tronc, mou, formé de gaines de feuilles enroulées les unes dans les autres, et chaque tronc meurt après avoir fleuri et fructifié, remplacé par des rejets. Celui du Strelitzia est fibreux, presque ligneux, et le Strelitzia ne donne jamais de bananes. Deuxième indice : les feuilles du Strelitzia sont disposées en éventail plat, sur deux rangs, alors que celles du bananier s'enroulent en spirale autour du tronc.
Le bananier est très gourmand en eau et en humidité : il se plaît particulièrement dans un jardin tropical de littoral, comme à Casablanca, et donne un effet jungle rapide. Le Strelitzia est plus durable et plus structurant. Toute notre gamme est réunie dans la catégorie bananiers.
Les marier au jardin
Bonne nouvelle : ces trois plantes s'associent très bien. Elles partagent la même envie de chaleur, de sol riche et d'humidité, et leurs feuillages en pagaie se répondent : le Ravenala en point focal, le Strelitzia en masse ou en écran, le bananier pour un effet jungle immédiat. Deux précautions : regroupez-les selon leurs besoins en eau (le bananier est bien plus gourmand que le Strelitzia et le Ravenala), et abritez l'ensemble du vent, qui déchire toutes ces grandes feuilles. Côté racines, pas d'inquiétude : celles du Strelitzia sont charnues et gorgées d'eau, et ne sont pas dangereuses comme celles d'un ficus.
En résumé : le détail qui départage chaque paire
| Les deux qu'on confond | Le critère qui les départage |
|---|---|
| Strelitzia nicolai / augusta (alba) | La fleur (blanche et bleue, ou blanc pur) et la taille (l'augusta monte plus haut) |
| Strelitzia reginae / grands Strelitzia | Le gabarit : touffe basse d'un à deux mètres, ou arbuste de plus de cinq mètres |
| Strelitzia nicolai / Ravenala | Le stipe, la vitesse de croissance et le froid (le Ravenala est plus frileux) |
| Strelitzia / bananier | Le tronc (fibreux ou mou) et les feuilles (éventail plat ou spirale) |
Conseil d'expert InfiniPalm : Regardez le tronc avant les feuilles : dur ou mou, c'est le premier tri entre un Strelitzia et un bananier. Ensuite, c'est l'emplacement qui décide. Ces grands feuillages se déchirent au vent et le Ravenala craint aussi le froid : un coin abrité change tout.
Puis-je séparer les rejets de mon Ravenala ?
Oui, la séparation des rejets est possible pour le Ravenala comme pour le Strelitzia, mais elle doit être faite avec une extrême prudence. Cette méthode de multiplication s'applique également aux gingembres ornementaux comme l'Alpinia, aux bananiers (Musa) et aux Alocasia. Pour les palmiers multipliants tels que le Caryota mitis, l'Arenga engleri, le Chamaedorea ou l'Areca (Palmier Multipliant), veillez à conserver un système racinaire suffisant pour chaque pied séparé afin de garantir une reprise vigoureuse.
Quelles plantes associer à mes palmiers pour un jardin de style "Jungle" ?
Pour un jardin de style "Jungle", structurez votre espace en trois niveaux. En haut, la canopée est assurée par vos palmiers de grande taille. Juste en dessous, créez une strate dense avec des Strelitzia nicolai ou Strelitzia augusta. Au sol, utilisez des couvre-sols généreux comme le Philodendron xanadu, l'Imperial ou le Philodendron selloum. Apportez de la couleur avec des Crotons (Petra, Mammy, Excellent), de la lumière avec le blanc des Pothos, et de l'élégance avec les floraisons des Clivia miniata.
Comment protéger mon palmier des vents violents ou marins ?
Le vent et les embruns sont des facteurs déterminants au Maroc. Pour une résistance absolue, misez sur le Chamaerops humilis, notre palmier marocain qui résiste à tout : sécheresse, vent violent et sel. Complétez avec des espèces au feuillage coriace comme le Livistona australis, le Kentia ou l'indétrônable Phoenix dactylifera. En bord de mer, le Strelitzia est aussi un excellent choix : bien que ses feuilles se déchirent sous l'action du vent, cela lui confère un aspect sauvage et exotique, fidèle à son habitat naturel le long des côtes sud-africaines.
Que faire si une palme a été pliée ou brisée durant le transport ?
Pas d'inquiétude, la croissance de vos plantes repart toujours du centre (la lance). Lors du transport, cela peut arriver qu'une palme ou une feuille soit pliée ou brisée, particulièrement chez les variétés à feuillage fragile comme les bananiers (Musa), les Strelitzia, les Alpinias ou les Alocasia. Ce n'est absolument pas dramatique : la reprise est rapide et les nouvelles feuilles, parfaitement adaptées à l'environnement de votre jardin, seront encore plus éclatantes.
Comment utiliser les palmiers pour se protéger d'un vis-à-vis en hauteur ?
Contre un vis-à-vis venu d'un étage supérieur, la hauteur prime sur la densité au sol. Le Strelitzia nicolai peut dépasser 6 mètres et forme un écran dense dès la base, tandis que le Ravenala madagascariensis déploie son éventail de palmes en hauteur pour couper la vue depuis un balcon voisin. Complétez avec de l'Alpinia zerumbet, l'Areca (Palmier Multipliant) ou le Bambou (Bambusa multiplex) en avant-plan pour densifier le bas de la haie sans attendre la maturité des sujets principaux.
Quelles plantes à floraison associer aux palmiers pour garder de la couleur toute l'année ?
Les palmiers apportent la structure, mais c'est le feuillage et les floraisons d'accompagnement qui font vivre le jardin au fil des saisons. Le Strelitzia reginae fleurit quasiment toute l'année en climat marocain, le Clivia miniata prend le relais au printemps en sous-bois, et l'Alpinia zerumbet apporte ses grappes parfumées en été. Le Canna indica et le Crinum augustum Queen Emma prolongent la floraison jusqu'à l'automne. Répartissez ces floraisons entre le pied de vos palmiers de belle taille et les zones de transition du jardin, plutôt qu'en un seul massif, pour qu'il y ait toujours quelque chose en fleur quelque part. Pour les soirées d'été, le Brugmansia suaveolens (communément appelé Datura) ouvre ses grandes fleurs en cloche à la tombée du jour, avec un parfum envoûtant qui se diffuse dans tout le jardin.
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